Vous venez d'embaucher votre premier salarié. Entre la rédaction du contrat, la déclaration préalable à l'embauche et l'organisation des congés, une formalité administrative passe fréquemment à la trappe : l'ouverture du registre unique du personnel. Pourtant, ce simple document peut vous éviter une amende de 750 € par salarié lors d'un contrôle de l'inspection du travail. Voici ce que la loi exige précisément, ce que vous pouvez inscrire dedans et les erreurs qui coûtent cher.
Qu'est-ce que le registre unique du personnel et qui doit le tenir ?
Le registre unique du personnel (RUP) est un document obligatoire dans chaque établissement, dès l'embauche du premier salarié. Il centralise, dans l'ordre chronologique des arrivées, les informations d'identification de toutes les personnes qui travaillent dans l'entreprise : salariés, stagiaires et volontaires en service civique. Son objectif est de garantir la transparence des emplois et de lutter contre le travail dissimulé.

La quasi-totalité des employeurs est concernée : TPE, PME, grandes entreprises, associations et fondations. Deux exceptions existent : les particuliers employeurs de personnel à domicile et les associations qui utilisent exclusivement le chèque-emploi associatif (CEA). Dans ces deux cas, le registre n'est pas exigé.
Si votre entreprise possède plusieurs sites géographiques, vous devez ouvrir un registre distinct pour chaque établissement. Un registre unique pour l'ensemble des sites ne suffit pas. Le document doit être conservé dans l'établissement et tenu à la disposition de l'inspection du travail et des membres du comité social et économique (CSE) à tout moment.
Que doit contenir le registre unique du personnel ?
La loi n'impose aucun modèle type. Un cahier, un classeur ou un fichier Excel conviennent, à condition que les mentions obligatoires y figurent et que les informations soient inscrites dans l'ordre d'embauche. Le registre peut aussi être tenu sur support numérique, après consultation du CSE si l'entreprise en est dotée.
Les mentions pour chaque salarié
Pour chaque salarié, vous devez inscrire :
- Le nom et les prénoms
- La nationalité
- La date de naissance
- Le sexe
- L'emploi occupé et la qualification
- Les dates d'entrée et de sortie de l'établissement
- La date de l'autorisation d'embauche ou de licenciement lorsque celle-ci est requise, ou à défaut la date de la demande
Des mentions complémentaires s'ajoutent selon la situation du salarié. Pour un travailleur étranger soumis à autorisation de travail, indiquez le type et le numéro d'ordre du titre valant autorisation. Pour un salarié en CDD, mentionnez « contrat à durée déterminée ». Pour un intérimaire, précisez « salarié temporaire » ainsi que le nom et l'adresse de l'entreprise de travail temporaire. Pour un salarié mis à disposition par un groupement d'employeurs, notez « mis à disposition par un groupement d'employeurs » avec la dénomination et l'adresse du groupement. Pour un temps partiel, ajoutez « salarié à temps partiel ». Pour un apprenti ou un salarié en contrat de professionnalisation, mentionnez « apprenti » ou « contrat de professionnalisation ».
Les mentions pour les stagiaires et les volontaires en service civique
Les stagiaires doivent figurer dans une partie spécifique du registre, distincte de celle des salariés. Vous y inscrivez leur nom et prénoms, les dates de début et de fin de stage, le nom et prénoms de leur tuteur ainsi que le lieu de présence du stagiaire. Les volontaires en service civique apparaissent également dans une partie dédiée, avec leur nom et prénoms.
Les documents à annexer
Deux types de documents doivent être annexés au registre. Pour les salariés détachés par une entreprise étrangère, la déclaration de détachement est jointe au registre de l'entreprise qui les accueille. Pour les travailleurs étrangers, une copie des titres autorisant l'exercice d'une activité salariée est annexée et tenue à la disposition de l'inspection du travail, des membres du CSE et des agents de contrôle de l'Urssaf, soit dans l'établissement, soit sur chaque chantier ou lieu de travail distinct.
Quelles sanctions en cas d'absence ou de registre incomplet ?
L'absence de registre, l'absence de mise à jour ou l'oubli de mentions obligatoires exposent l'employeur à une amende pouvant atteindre 750 € par salarié concerné. Concrètement, si un contrôle révèle que trois salariés ne figurent pas dans le registre, l'addition peut monter à 2 250 €, sans compter les autres irrégularités éventuellement constatées lors de la même visite.
L'absence de registre, l'absence de mise à jour ou l'oubli de mentions obligatoires peuvent entraîner jusqu'à 750 € d'amende par salarié concerné.
Au-delà de l'amende, un registre manquant ou incomplet attire l'attention des inspecteurs sur d'autres points de conformité. Un contrôle qui commence par une formalité administrative non respectée a peu de chances de s'arrêter là.

Les erreurs les plus fréquentes dans la tenue du registre
La première erreur est de considérer le registre comme une formalité à remplir une fois par an. Les mentions doivent être portées au moment même de l'embauche, pas plusieurs semaines après. Un salarié qui commence un lundi doit figurer dans le registre ce lundi-là.
La deuxième erreur concerne l'ordre d'inscription. Les salariés doivent être inscrits dans l'ordre chronologique de leur arrivée dans l'établissement. Si vous ajoutez un nouveau salarié en bas d'une liste déjà longue, sans respecter la chronologie, le registre est considéré comme non conforme.
La troisième erreur touche aux informations à faire figurer. Beaucoup d'employeurs inscrivent le nom, la date d'embauche et s'arrêtent là. La qualification, la nationalité ou encore le type de contrat sont pourtant des mentions obligatoires. Un registre trop succinct vaut absence de registre aux yeux de l'inspection du travail.
La quatrième erreur est d'oublier les stagiaires. Ils ne sont pas salariés, mais ils doivent apparaître dans une partie spécifique du registre. Un stagiaire absent du document expose l'entreprise à la même amende qu'un salarié oublié.
Enfin, la conservation des données est souvent négligée. Les informations concernant un salarié doivent être conservées pendant cinq ans après son départ de l'entreprise. Supprimer la ligne d'un ancien salarié au moment de son départ est une erreur : la mention doit rester, avec sa date de sortie.
Registre papier ou registre numérique : que choisir ?
| Critère | Registre papier | Registre numérique |
|---|---|---|
| Mise en place | Immédiate, sans consultation préalable | Nécessite la consultation du CSE |
| Risque d'erreur | Mentions oubliées, ordre non respecté | Saisie assistée, ordre automatique |
| Accessibilité pour l'inspection | Présentation immédiate sur place | Nécessite un accès au fichier lors du contrôle |
| Mise à jour | Manuelle, à chaque mouvement de personnel | Automatique si intégrée au SIRH |
| Conservation 5 ans après départ | Registre conservé en l'état | Données à archiver, attention à la suppression automatique |
Le registre papier reste la solution la plus simple pour une TPE. Un cahier numéroté, des colonnes claires et une mise à jour régulière suffisent. Le registre numérique présente un intérêt lorsque l'entreprise utilise déjà un logiciel de gestion des ressources humaines (SIRH) qui génère automatiquement les mentions et l'ordre chronologique. Dans ce cas, la consultation du CSE doit être faite avant la mise en place, et l'inspection du travail doit pouvoir consulter le fichier facilement lors d'un contrôle.
Une solution intermédiaire consiste à utiliser un modèle Excel ou PDF pré-rempli, téléchargeable gratuitement, que vous imprimez et remplissez au fil des embauches. L'essentiel est de vérifier que toutes les mentions obligatoires y figurent et que l'ordre chronologique est respecté.
Ce que le registre ne doit pas contenir
Le registre unique du personnel ne se transforme pas en dossier individuel. Les informations sur les absences, les sanctions disciplinaires ou les formations suivies n'ont pas leur place dans ce document. Elles relèvent d'autres outils de gestion des ressources humaines. Le RUP se limite aux mentions prévues par le Code du travail : identification, contrat et dates de présence.
De même, ne confondez pas le registre unique du personnel avec le DUERP (document unique d'évaluation des risques professionnels). Le premier recense les personnes présentes dans l'établissement, le second évalue les risques professionnels auxquels elles sont exposées. Les deux documents sont obligatoires, mais ils répondent à des finalités distinctes et font l'objet de contrôles séparés.
Une dernière précision : le registre ne doit pas contenir de données sensibles au sens du règlement général sur la protection des données (RGPD), comme l'origine ethnique ou les opinions politiques. Les mentions demandées par la loi (nationalité, date de naissance) sont autorisées car elles répondent à une obligation légale, mais rien d'autre ne doit y figurer.
Un réflexe à prendre dès aujourd'hui
Si vous n'avez pas encore ouvert votre registre unique du personnel, la première étape est simple : prenez un cahier ou un fichier, notez la date du jour et inscrivez tous les salariés actuellement présents dans l'établissement, dans l'ordre de leur arrivée, avec les mentions obligatoires. Pour les salariés déjà partis, conservez leurs lignes avec la date de sortie. Puis instaurez un réflexe : à chaque embauche, inscription le jour même. À chaque départ, date de sortie notée immédiatement. C'est une formalité de cinq minutes qui vous évitera une amende et un mauvais moment lors d'un contrôle.
Information générale à jour à la date de publication. Pour une situation personnelle, les textes officiels et l’organisme compétent font foi.




