Atteindre 62 ans quand on perçoit l'Allocation adulte handicapé (AAH) soulève beaucoup de questions. Est-ce que l'arrêt de l'allocation est automatique ? Peut-on continuer à travailler ? Depuis le 1er décembre 2024, les règles ont évolué pour les personnes ayant un taux d'incapacité d'au moins 80 %. L'objectif est de ne plus être obligé de liquider sa retraite pour garder l'AAH, un changement qui permet de mieux choisir son moment de départ. Mais concrètement, comment ça se passe selon votre situation ?

Le taux d'incapacité, le premier critère qui décide de tout

La règle de base tient en un seul chiffre : le seuil des 80 % d'incapacité. Si votre taux est inférieur à ce seuil (entre 50 et 79 %), l'AAH s'arrête définitivement le mois de vos 62 ans. La CAF cesse le versement, et la pension de retraite prend le relais. Même si la décision de la CDAPH (commission des droits et de l'autonomie) court encore, l'allocation ne sera plus payée.

Basculement AAH retraite : ce qui change à 62 ans
Basculement AAH retraite : ce qui change à 62 ans

Si votre taux est égal ou supérieur à 80 %, la donne change. Vous pouvez continuer à percevoir l'AAH après 62 ans, mais elle devient ce qu'on appelle une allocation différentielle. Concrètement, elle vient compléter votre pension de retraite si celle-ci est inférieure au plafond de l'AAH, fixé à 1 033,32 € par mois en 2026. Si votre retraite dépasse ce montant, l'AAH s'arrête.

Le montant de l'AAH après 62 ans = plafond de l'AAH (1 033,32 €) - montant de votre retraite de base et complémentaire.

Ce qui a changé avec la réforme du 1er décembre 2024

Avant cette date, la situation était plus rigide. Si vous vouliez continuer à travailler après 62 ans, votre retraite était liquidée "pour ordre" : on calculait vos droits, mais vous ne pouviez pas les toucher tant que vous travailliez. Surtout, les trimestres travaillés après 62 ans ne comptaient plus pour améliorer votre future pension. Et si vous refusiez cette liquidation automatique, l'AAH était suspendue.

Depuis le 1er décembre 2024, l'article 254 de la loi de finances pour 2024 a changé la donne pour les bénéficiaires avec un taux ≥ 80 %. Vous pouvez désormais :

  • Continuer à travailler après 62 ans sans perdre l'AAH.
  • Acquérir de nouveaux droits à la retraite pour chaque trimestre travaillé.
  • Conserver l'AAH jusqu'à 67 ans si vous poursuivez votre activité.

Cela permet d'augmenter le montant de sa pension future sans risquer une baisse brutale de revenus. C'est un vrai levier pour ceux qui ont eu une carrière hachée ou des trimestres manquants.

Les personnes avec un taux entre 50 et 79 % ne sont pas concernées

Attention, cette réforme ne concerne que les personnes ayant un taux d'incapacité ≥ 80 %, nées à compter du 2 novembre 1962. Pour les autres, le basculement à 62 ans reste sec : l'AAH s'arrête, la retraite prend le relais. Il n'y a pas de cumul possible, même si vous travaillez encore.

Basculement AAH retraite : ce qui change à 62 ans
Basculement AAH retraite : ce qui change à 62 ans

Les démarches à ne pas rater pour éviter une perte de revenus

Le passage de l'AAH à la retraite ne se fait pas tout seul. Il faut anticiper, surtout si vous êtes dans la situation où l'AAH s'arrête (taux < 80 %). Voici les étapes clés :

  1. Six mois avant vos 62 ans : contactez votre caisse de retraite (Carsat, MSA, etc.) pour demander votre liquidation. Sans cette demande, vous risquez de vous retrouver sans aucun revenu pendant plusieurs mois.
  2. Préparez vos documents : relevé de carrière, justificatifs de vos périodes de travail, décisions de la CDAPH. Tout ce qui permet de calculer vos trimestres et votre taux d'incapacité.
  3. Informez la CAF : même si le basculement est automatique pour eux, signalez votre départ à la retraite pour éviter un trop-perçu ou un retard de paiement.
  4. Vérifiez vos droits au complément de ressources et à la MVA : ces aides (majoration pour la vie autonome) sont suspendues tant que la retraite n'est pas liquidée. Elles peuvent être rétablies avec effet rétroactif si vos pensions sont inférieures à l'AAH.

Ce qu'il faut savoir sur le cumul emploi-retraite avec l'AAH

Pour les personnes avec un taux ≥ 80 %, la possibilité de cumuler emploi, retraite et AAH est une nouveauté majeure. Concrètement, vous pouvez :

  • Continuer à travailler (en CDI, CDD, en tant qu'indépendant ou en Esat).
  • Percevoir votre retraite de base et complémentaire (même si elle est faible).
  • Toucher l'AAH en complément, dans la limite du plafond de 1 033,32 €.

Chaque trimestre travaillé après 62 ans améliore vos droits futurs. C'est une manière de sécuriser ses vieux jours quand on a eu une carrière incomplète. Mais il faut garder en tête que l'AAH reste une allocation différentielle : si vos revenus d'activité et votre retraite dépassent le plafond, l'AAH ne sera pas versée.

Les pièges à éviter

Le principal risque, c'est de ne pas faire les démarches à temps. Si vous êtes dans le cas où l'AAH s'arrête à 62 ans (taux < 80 %), et que vous ne demandez pas votre retraite, vous vous retrouvez sans revenu. La CAF ne prolonge pas l'AAH, même si vous avez un dossier en cours.

Autre point de vigilance : l'ASPA (Allocation de solidarité aux personnes âgées) n'est pas obligatoire. Si vous pouvez y prétendre, elle peut compléter vos ressources, mais elle est récupérable sur succession. Ce n'est pas un droit automatique, il faut en faire la demande.

Anticipez le basculement pour ne pas subir de baisse de revenus

Le passage de l'AAH à la retraite est un moment charnière qui demande une préparation en amont. Que vous ayez un taux d'incapacité de 80 % ou moins, la clé est de contacter votre caisse de retraite et la CAF au moins six mois avant vos 62 ans. Vérifiez votre relevé de carrière, faites le point sur vos trimestres et vos droits. Si vous pouvez continuer à travailler avec un taux ≥ 80 %, la réforme de 2024 vous offre une vraie flexibilité. Dans le cas contraire, ne tardez pas à demander votre liquidation pour éviter une période sans revenu. Chaque situation est unique, mais une chose est sûre : ne pas anticiper, c'est prendre le risque de perdre de l'argent.

Information générale à jour à la date de publication. Pour une situation personnelle, les textes officiels et l’organisme compétent font foi.